À l’ONU, le monde se divise et l’Afrique réclame enfin sa place

L’Assemblée générale des Nations unies s’est ouverte à New York dans un climat dominé par les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, les tensions autour de l’Iran et les inquiétudes liées à l’intelligence artificielle. À la tribune, Donald Trump et Emmanuel Macron ont défendu deux visions opposées de l’ordre mondial. Pendant que les grandes puissances confrontent leurs stratégies, l’Afrique rappelle qu’elle ne peut plus rester sans siège permanent au Conseil de sécurité.

New York, miroir d’un monde sous tension

La quatre-vingt-unième session de l’Assemblée générale réunit les représentants des cent quatre-vingt-treize États membres autour d’un thème ambitieux : restaurer la confiance et construire une Organisation des Nations unies au service de tous. Pourtant, dès l’ouverture du débat général, la réalité des rapports de force s’est imposée. Les guerres se prolongent, les crises humanitaires s’aggravent et les institutions internationales peinent à faire respecter les règles qu’elles ont été créées pour défendre.

L’Ukraine, Gaza, l’Iran, le Soudan et l’est de la République démocratique du Congo rappellent la même contradiction. Les dirigeants se retrouvent dans une enceinte fondée pour prévenir la guerre, tandis que plusieurs conflits échappent encore à toute solution politique durable. L’ONU demeure un lieu de dialogue indispensable, mais son autorité est contestée chaque fois qu’un veto, une rivalité stratégique ou le refus d’un État bloque l’action collective.

Donald Trump choisit la diplomatie de la puissance

Le président américain a utilisé la tribune pour réaffirmer la primauté des intérêts des États-Unis. Il a présenté son pays comme une puissance capable d’imposer la paix par la force et a défendu les interventions conduites par son administration. Son avertissement le plus spectaculaire a visé l’Iran : Donald Trump a déclaré qu’il pourrait « anéantir la République islamique » si aucun accord n’était trouvé pour mettre fin au conflit.

Cette menace ne signifie pas que les négociations sont rompues. Le président américain a également affirmé qu’un accord restait possible et a évoqué des échanges jugés productifs avec des médiateurs de l’Iran. Il s’agit donc d’une stratégie de pression maximale : maintenir une porte diplomatique ouverte tout en plaçant la menace militaire au centre du rapport de force.

Donald Trump s’est aussi montré critique envers les organisations internationales susceptibles de limiter la liberté d’action américaine. Il a rejeté l’idée d’une gouvernance mondiale contraignante de l’intelligence artificielle et défendu une course technologique dans laquelle les États-Unis veulent conserver l’avantage. Ce discours traduit une conception précise du multilatéralisme : coopérer lorsque cette coopération sert les intérêts nationaux, mais refuser les mécanismes considérés comme une restriction de souveraineté.

Emmanuel Macron défend le droit contre la loi du plus fort

Quelques heures plus tard, Emmanuel Macron a livré une réponse presque inverse. Pour sa dernière intervention à l’Assemblée générale en tant que président français, il a dénoncé le retour de « la loi de la jungle » et appelé les États à ne pas céder à « l’esprit de défaite ». Selon lui, l’accumulation des guerres et des violations du droit international menace l’idée même d’une communauté mondiale régie par des règles communes.

Le désaccord avec Washington s’est exprimé avec force sur Gaza. Donald Trump présente son plan comme une paix obtenue par son administration. Emmanuel Macron a contesté ce bilan, estimant que cette paix proclamée n’avait pas permis de rouvrir l’accès humanitaire. La Maison-Blanche a répondu que le président américain avait mis fin à la guerre entre Israël et le Hamas et qu’il dirigeait désormais l’application de son plan. Ces affirmations opposées doivent être présentées comme telles : elles reflètent un conflit d’interprétation sur la réalité de la paix et sur la situation humanitaire, non un constat partagé.

Le président français a également dénoncé les violations commises en Cisjordanie et affirmé que l’impunité fragilisait la sécurité à long terme. Sur l’Ukraine, le Moyen-Orient et les conflits africains, il a défendu les mécanismes internationaux de justice, la collecte des preuves et la protection des populations civiles. Son plaidoyer en faveur du multilatéralisme ne règle cependant pas la question centrale : comment rendre l’ONU efficace lorsque ses membres les plus puissants ne s’accordent ni sur les faits, ni sur les responsabilités, ni sur les moyens d’agir ?

L’Afrique refuse de rester spectatrice

Pour le continent africain, ce débat ne porte pas seulement sur les discours prononcés à New York. Il concerne directement la structure du pouvoir mondial. L’Afrique compte plus d’un quart des États membres de l’ONU et plusieurs crises examinées par le Conseil de sécurité se déroulent sur son territoire. Elle ne dispose pourtant d’aucun siège permanent dans l’organe chargé des décisions internationales les plus sensibles.

La position commune de l’Union africaine est claire. Fondée sur le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte, elle demande au moins deux sièges permanents dotés de toutes les prérogatives, y compris le droit de veto tant que celui-ci existe, ainsi que cinq sièges non permanents. Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, résume cette exigence comme la correction d’une injustice historique, et non comme une faveur demandée aux puissances installées.

Emmanuel Macron a soutenu l’ouverture du Conseil de sécurité à de nouveaux membres et de nouvelles régions du monde, « à commencer par l’Afrique ». Cette déclaration rejoint une reconnaissance désormais largement partagée de l’anomalie actuelle. Mais les soutiens de principe se répètent depuis des années sans produire la réforme attendue. Les États africains devront donc juger les partenaires internationaux non sur leurs promesses, mais sur leur volonté d’accepter un véritable partage du pouvoir.

Un Conseil de sécurité prisonnier de son histoire

La composition permanente du Conseil reflète encore l’équilibre établi après la Seconde Guerre mondiale. Les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto qui leur permet de bloquer une décision, y compris lorsque des populations civiles sont exposées à des violences massives. La France propose avec le Mexique un encadrement volontaire de ce veto dans les situations d’atrocités de masse. Là encore, l’efficacité du mécanisme dépendrait de l’engagement des puissances concernées.

La réforme pose donc deux questions. La première est celle de la représentation : l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine peuvent-elles continuer à être marginalisées dans un organe censé parler au nom de la sécurité mondiale ? La seconde est celle de l’action : un Conseil élargi sera-t-il réellement plus efficace si le veto demeure un instrument de paralysie ? Ajouter des sièges sans modifier les pratiques pourrait améliorer la légitimité sans résoudre toutes les impasses.

L’ONU doit désormais prouver son utilité

Au-delà des guerres, cette Assemblée générale doit traiter du climat, du financement du développement, des pandémies, de la lutte contre le racisme et des risques liés à l’intelligence artificielle. Ces sujets concernent particulièrement l’Afrique, où les besoins de financement restent considérables et où les effets du dérèglement climatique frappent des populations qui ont peu contribué aux émissions historiques.

L’ONU n’est ni un gouvernement mondial ni une puissance militaire autonome. Elle dépend de la volonté de ses États membres. Mais elle demeure l’un des rares espaces où chaque pays peut prendre la parole et où les normes communes peuvent encore être défendues. Son avenir se jouera moins dans la force des discours que dans la capacité des dirigeants à accepter des règles identiques pour tous.

À New York, Donald Trump a parlé au nom de la puissance américaine. Emmanuel Macron a défendu le droit et la coopération internationale. L’Afrique, elle, réclame de ne plus être seulement le terrain sur lequel les crises sont discutées par d’autres. Si l’ONU veut restaurer la confiance, elle devra enfin transformer cette revendication légitime en partage réel de la décision.