29 septembre 2026 — bilan provisoire en cours de journée
Ce mardi, les lycéens ne sont pas les seuls à exprimer leur colère dans la rue. Alors que des élèves bloquent ou perturbent des établissements, les agents de la fonction publique manifestent à l’appel d’une large intersyndicale. Les deux mobilisations se rencontrent autour d’un même thème — les moyens des services publics — mais elles n’ont ni les mêmes revendications ni le même statut.
Le mouvement lycéen a commencé le 21 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil, où plusieurs postes d’enseignants n’étaient pas pourvus. Il s’est ensuite étendu en Île-de-France, avant de gagner d’autres villes. L’Union syndicale lycéenne appelle désormais à bloquer les établissements, dénonçant les classes et les emplois du temps surchargés, le manque de professeurs et de personnels, ainsi que la vétusté de certains bâtiments. Elle met aussi en avant le stress lié à Parcoursup. À Besançon, des élèves mobilisés le 29 septembre ont évoqué des cours manquants, des salles mal isolées, la pression scolaire et les inquiétudes liées à l’orientation. Ils ont notamment dénoncé des salles devenant très chaudes l’été et difficiles à utiliser. Ces témoignages illustrent des préoccupations concrètes, mais ils ne décrivent pas à eux seuls la situation de tous les lycées du pays.
Le mouvement a changé d’échelle lundi 28 septembre. Selon le ministère de l’Intérieur, cité par plusieurs médias, 180 établissements ont été perturbés et 164 personnes interpellées. Le ministre a fait état de blessés parmi les forces de l’ordre, les personnels des établissements et les élèves. Ces chiffres portent sur lundi et ne constituent pas le bilan définitif de la mobilisation de mardi.
Revendications lycéennes, affrontements politiques
Le gouvernement condamne les violences et accuse des élus de La France insoumise d’encourager les blocages. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a dénoncé une « surenchère irresponsable » ; le ministre de l’Éducation a estimé que les violences provenaient de personnes extérieures aux établissements. La France insoumise a, de son côté, accusé l’exécutif de réprimer le mouvement. La CGT affirme que les revendications portent d’abord sur les conditions d’étude et qu’elles ne doivent pas être réduites à une récupération partisane.
Il faut distinguer les actions pacifiques des dégradations et des affrontements. Les violences survenues aux abords de certains lycées sont documentées, mais elles ne suffisent pas à résumer un mouvement dont les revendications portent aussi sur l’absence de professeurs, les locaux et la surcharge des classes. À l’inverse, la légitimité d’une revendication ne justifie pas les violences ni les mises en danger.
Le mot « grève » est courant pour parler de la mobilisation des élèves, mais les lycéens ne disposent pas d’un droit de grève au sens juridique réservé aux salariés. Ils bénéficient de libertés d’information et d’expression, tandis que l’assiduité aux cours demeure obligatoire. Les blocages peuvent entraîner des suites disciplinaires, notamment lorsqu’ils empêchent l’accès à l’établissement ou compromettent la sécurité.
Le malaise des services publics
La journée du 29 septembre s’inscrit dans un mouvement plus large des agents publics. Huit organisations syndicales appellent à la grève et à des manifestations dans tout le pays. Plus de 170 rassemblements étaient annoncés. Les syndicats réclament une revalorisation des salaires et des moyens budgétaires à la hauteur des missions de l’État. Ils protestent notamment contre le nouveau gel du point d’indice, qui sert au calcul des rémunérations des fonctionnaires.La colère touche des métiers différents : enseignants, soignants, agents administratifs, territoriaux et pompiers. Ces derniers ont eux aussi dénoncé le manque de moyens après un été marqué par de grands incendies. Le calendrier donne à la journée une dimension politique supplémentaire : le projet de budget 2027 doit être présenté le 1er octobre, et les syndicats veulent peser sur les choix de l’exécutif avant que les arbitrages soient arrêtés.
Les lycéens ne se sont pas tous mobilisés pour la même raison que les fonctionnaires, et les élèves ne sont pas partie prenante de la négociation salariale. Mais le lien entre les deux colères est visible : les difficultés d’un service public se vivent dans les établissements, dans les classes et dans les familles. Quand les postes ne sont pas pourvus, les cours manquent ; quand les bâtiments sont dégradés ou mal adaptés aux fortes chaleurs, les conditions d’apprentissage se détériorent. Les agents, eux, mettent en avant les rémunérations et les conditions de travail qui rendent plus difficile le maintien de services de qualité.
À l’heure où cet article est rédigé, les manifestations et les blocages de mardi sont encore en cours. Le bilan national définitif de la journée et le taux de participation des agents publics ne sont pas encore établis dans les sources consultées. La question politique, elle, est déjà posée : les autorités répondront-elles à cette colère par des annonces sur les postes, les salaires et les bâtiments, ou principalement par des mesures de maintien de l’ordre ? La réponse dépendra aussi du budget présenté cette semaine et de la capacité des syndicats et des lycéens à maintenir la pression au-delà de cette journée.