Présenté au début du mois, le projet financier prévoit d’importantes économies et fait contribuer davantage certains retraités, maintient le gel des rémunérations indiciaires des fonctionnaires, réduit certains effectifs de l’État et prévoit des économies sur plusieurs prestations et budgets. Pour l’exécutif, il s’agit de rétablir la crédibilité des comptes publics ; pour ses opposants, la facture risque une nouvelle fois de peser sur les ménages et les services collectifs. Le désaccord ne porte donc pas seulement sur le montant des économies, mais sur leur répartition et sur la capacité du pays à financer ses besoins.
À l’Assemblée nationale, le gouvernement ne dispose pas d’une majorité stable. Il doit rechercher des soutiens ou des abstentions, tandis que le Parti socialiste exprime de fortes réserves et que le Rassemblement national affirme qu’il jugera le texte sur son contenu. Si le compromis échoue, l’exécutif pourrait recourir à une procédure permettant l’adoption du budget sans vote direct, au risque de nourrir les accusations de passage en force. Dans ce climat, le RN doit présenter son contre-budget et la trajectoire financière qu’il défend dans l’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen à l’Élysée, tandis qu’une primaire de l’espace social-démocrate s’apprête à désigner son candidat. La campagne présidentielle a donc déjà commencé dans les actes : chaque formation cherche à montrer qu’elle possède une réponse aux difficultés du pays, pas seulement une critique du gouvernement. Mais le débat politique se joue aussi hors du Parlement. La mobilisation des lycéens et le soutien des syndicats rappellent que l’austérité budgétaire se mesure dans les classes surchargées, les professeurs absents, les bâtiments dégradés et les inquiétudes autour de Parcoursup. Sébastien Lecornu a lancé plusieurs chantiers sur le remplacement des enseignants, la rénovation des locaux, l’organisation des journées scolaires, la transparence de l’orientation et la place accordée à la parole des élèves.
Ces annonces peuvent ouvrir un dialogue, mais elles ne suffiront pas si elles ne débouchent pas sur des changements visibles et financés. La crise pose ainsi une question centrale à l’exécutif : peut-il redresser les comptes sans affaiblir davantage les services publics et sans élargir la contestation ? La réponse dépendra autant des débats budgétaires que de la capacité du gouvernement à traiter les causes concrètes de la colère. Les partis d’opposition, eux, devront démontrer que leurs contre-propositions peuvent répondre à ces attentes sans se limiter à des promesses de campagne.