Dans deux jours, le pape Léon XIV atterrira à Paris-Orly. Le calendrier publié par le Saint-Siège ne laisse plus place au doute : la France accueillera le souverain pontife du vingt-cinq au vingt-huit septembre. Il s’agit d’un voyage apostolique dense, où se croiseront les institutions de la République, l’Église catholique, les jeunes, les personnes exilées, les malades, les autres religions et la communauté internationale.
La formule « visite historique » mérite cependant d’être précisée. Le voyage n’est pas la première venue d’un pape en France, ni le premier passage d’un pape à Lourdes. Son importance tient à une conjonction rare : l’Église de France le présente comme la première visite d’État d’un souverain pontife depuis le voyage de Benoît XVI en deux mille huit, et il marque surtout le retour d’un pape au siège de l’Unesco après l’allocution de Jean-Paul II en mille neuf cent quatre-vingts. Le terme peut donc être employé, à condition de l’ancrer dans ces faits plutôt que dans une formule générale.
Paris : la foi au cœur de la cité et des institutions
Le vendredi vingt-cinq septembre, après la cérémonie d’accueil à Orly, Léon XIV sera reçu à l’Élysée. Une visite de courtoisie au président de la République sera suivie d’une rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique. Cette séquence ne transforme pas le voyage en sommet politique : elle manifeste la relation institutionnelle entre la France et le Saint-Siège, ainsi que la place singulière du pape, à la fois évêque de Rome et chef de l’État de la Cité du Vatican.
L’après-midi, le pape se rendra à l’Unesco. Son intervention doit porter sur l’intelligence artificielle, la jeunesse, la paix et le dialogue interreligieux. Le choix est fortement symbolique. L’organisation onusienne présente cette étape comme la première visite papale de ce type depuis plus de quatre décennies. Elle inscrit donc le déplacement dans un dialogue concret sur l’éducation, la culture, les usages du numérique et la dignité humaine, au-delà du seul espace catholique.
La journée se poursuivra dans un registre pastoral. À Notre-Dame de Paris, Léon XIV célébrera les vêpres avec les évêques, les prêtres, les diacres, les personnes consacrées et les séminaristes. Puis, au Stade de France, à Saint-Denis, il présidera une veillée de prière avec les jeunes. Le diocèse de Paris annonce une première de cette nature dans cette enceinte. En choisissant une cathédrale restaurée et un grand stade, le programme associe deux manières de rendre l’Église visible : la prière liturgique et le rassemblement populaire.
Une Église qui regarde les fragilités et ses recommencements
Le samedi, le pape commencera sa journée parisienne à la Maison Bakhita. Ce centre de ressources du diocèse de Paris soutient l’accueil et l’intégration de personnes exilées, accompagne les associations et les paroisses engagées, et propose des actions de formation et d’accompagnement. Cette visite donne une portée très concrète au thème de l’hospitalité. Pour les catholiques africains établis en France et pour les diasporas, elle peut retenir l’attention par ce qu’elle met en lumière : non une représentation supposée de leurs attentes, mais un lieu catholique consacré à l’accueil des personnes en exil.
À l’Institut catholique de Paris, Léon XIV rencontrera les membres de l’assemblée ecclésiale provinciale, des catéchumènes et des nouveaux baptisés. Cette étape rejoint une réalité importante du catholicisme français : des adultes demandent aujourd’hui à entrer dans l’Église. Elle place au centre la transmission de la foi, l’accompagnement et la diversité des parcours, des questions qui touchent aussi les communautés issues des migrations et les familles vivant entre plusieurs espaces culturels.
À quinze heures, le pape présidera une messe en plein air à la place de la Concorde et sur les Champs-Élysées. Le lendemain de la veillée de Saint-Denis, cette célébration ouverte à grande échelle donnera au voyage son principal temps de communion publique à Paris. Le pape quittera ensuite la capitale pour Lourdes, où il priera le soir même à la grotte de Massabielle.
Lourdes : les malades, les évêques et la prière des pèlerins
Le dimanche vingt-sept septembre sera entièrement consacré au sanctuaire marial. Léon XIV rencontrera d’abord les évêques de la Conférence des évêques de France, puis célébrera la messe sur la prairie, suivie de l’Angélus. L’après-midi, il rencontrera le personnel et les personnes malades de l’Accueil Notre-Dame, avant un entretien privé avec des religieuses contemplatives. La journée s’achèvera par le chapelet et la procession mariale aux flambeaux.
Cette séquence ne prétend pas inaugurer une présence papale à Lourdes : saint Jean-Paul II et Benoît XVI y ont déjà été accueillis. Mais elle remet au premier plan ce qui fait la vocation du sanctuaire : la prière avec les malades, la disponibilité des hospitaliers et la rencontre de pèlerins venus d’horizons très différents. Le sanctuaire prévoit une forte affluence et insiste sur les conditions d’accès adaptées, notamment pour les personnes à mobilité réduite.
Metz : la paix européenne comme horizon
Le lundi vingt-huit septembre, dernière étape à Metz. Au centre de congrès Robert-Schuman, Léon XIV participera à une rencontre interreligieuse, puis à un rendez-vous intitulé « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité ». Il célébrera ensuite la messe à la cathédrale Saint-Étienne. Dans une ville liée à la mémoire de Robert Schuman et aux réconciliations franco-allemandes, le programme relie explicitement dialogue entre croyants, unité européenne et paix.
Pour les lecteurs d’IDEA Mag, cette visite se lit ainsi à plusieurs échelles. Elle concerne les catholiques de France, mais elle ouvre aussi une conversation sur la migration, la jeunesse, la dignité humaine, les technologies et la paix, sujets qui traversent les liens entre l’Afrique, les diasporas et l’Europe. Ses effets ne pourront être mesurés qu’après les discours et les rencontres. Avant l’arrivée du pape, une certitude s’impose : la France sera, pendant quatre jours, l’un des lieux où l’Église entend parler à la fois à ses fidèles et au monde.